Contes et légendes corses

 

                                       C’era una volta…!!!

 

Berger Corse RR

En hiver, les paysans rentrent tôt au village car les jours sont courts et la nuit tombe vite. Les outils sont remisés, dans le champ la charrue est abandonnée et les bêtes sont mises à l’abri. Il ne faut pas s’attarder en chemin car on a peur de ces ténèbres qui sont l’univers des mazzeri (sorciers), des steghe (sorcières), des murtulaghji (revenants),des diavuli (diables) et autres démons.

On se hâte de rentrer au logis pour préparer la veillée qui rassemblera tout le monde autour de l’immense fucone.

Chaque soir, après avoir soupé, on se rend dans la maison d’un voisin, d’un parent ou d’un ami pour se joindre à la veillée (veghja) que chacun organise à son tour. L’atmosphère y est chaque fois différente car il y a toujours un conteur inspiré, un témoin auquel est survenu une aventure, un évènement à raconter… qui font vibrer ces heures dans la nuit noire.

Dans la grande salle faiblement éclairée, assis autour de l’âtre où brûle une grosse bûche, on se serre pour faire place au nouvel arrivant qui vient de frapper à la porte d’entrée. Mamone (grand-mère) a mis à rôtir dans le testu (poêle) une grosse poignée de châtaignes cueillies aujourd’hui et Babone (grand-père)  a posé sur la table une bouteille de vin de sa vigne

Malgré l’épaisse fumée qui nous pique les yeux, nous les enfants,  silencieux, immobiles et sur nos gardes, évitant d’attirer l’attention des adultes de peur qu’ils ne nous envoient nous coucher, nous écoutons suspendus aux lèvres du conteur ces fole (histoires) qui pouvaient nous faire rire, pleurer, trembler ou rêver à volonté et que la nostalgie nous rappelle aujourd’hui…

Babone (grand-père) découpe avec patience l’erba a tabaccu (herbe à tabac) qu’il tient dans sa main, bourre lentement sa pipe, l’allume avec un tison, tire sa première bouffée et prononce les mots magiques: "C’era una volta…"

Corsa

Corsa

Les Ligures constituent un peuple très ancien qui, depuis des temps lointains, a habité une aire beaucoup plus vaste que celle que nous dénommons Ligurie de nos jours : ils vivaient dans le vaste territoire compris entre l'Arno et la Provence, et entre la mer Ligure et le Pô.

C'était il y a trés trés longtemps...

La belle Corsa appartenait au peuple des ligures !

Corsa qui gardait son troupeau vaches au bord de la mer, était songeuse ....

... une de ses vaches nageait trés loin vers l'horizon pour revenir le soir toujours plus grasse que les autres.

Un jour, Corsa nagea aux cotés de sa vache, elle voulait voir vers quels paturages elle serait entrainée

Corsa découvrit ainsi un paradis, et le nomma de son nom : CORSA.

 

Loeil de Saite Lucie

oeil-de-sainte-lucie

C'est au IVème siècle que naquit la légende de Ste Lucie.
Lucia, une jeune fille de la noblesse Syracuse à force de prières répétées à la Vierge Marie, obtint la guérison miraculeuse de sa mère atteinte d'une maladie incurable .
Vouant un culte et une dévotion sans limites à la vierge, Lucia s'arracha les yeux et les jeta à la mer pour ne pas être détournée de sa foi et éloigner ses prétendants.
Toute entière tournée vers la prière, Lucia réalisa de nombreux miracles.
En réponse à cette dévotion, la Sainte Vierge, lui rendit la vue et lui donna des yeux plus beaux et plus lumineux "occhji belli e lucentti".
L'opercule du coquillage nommé le "Turbo Rugueux" que l'on trouve sur les rivages de la corse symbolise les yeux de Ste Lucie. En porter un, éloigne le mauvais oeil et favorise la chance.

En Corse, "l'oeil de Sainte Lucie" est un porte bonheur.

Il s'agit de l'opercule d'un coquillage que l'on peut ramasser sur certaines plages après une grosse tempête.
La taille des opercules peut varier de 2mm à 3cm.

Légende des Calanche de Piana

Calanques_de_Piana

« Satan, l’ange déchu, tomba follement amoureux d’une bergère. Il l’observa des semaines du fond de l’enfer, s’en éprenant chaque jour davantage.
Un beau matin, il se présenta sur terre et entreprit la conquête de la belle. Et voilà qu’au lieu de céder au Prince de Ténèbre, la jeune femme l’insulta, le frappa et appela son mari.
Ce dernier vint et se trouva saisi de rage. Il s’arma d’un bâton de chêne et administra une raclée au pauvre diable qui dut s’enfuir la queue entre les jambes.

Le Diable ne chercha même pas à tuer le mari et la femme. Pensez donc ! c’eût été trop facile.

Il décida alors de rendre l’endroit invivable. Ainsi, il tapa, fendit, brisa et renversa, bref, mis la roche sens dessus-dessous avec, cependant, une nette préoccupation artistique puisque les vieux Corses affirment qu’avec un rien d’imagination, on aperçoit, sculptés dans les falaises, le berger, la bergère et son chien.

Saint-Martin passa par là et décida de bénir les falaises.
En constatant qu’il n’arrivait pas à en chausser la fureur, il appela une vague qui caressa le rocher. Ainsi naquit le Golfe de Porto… »

Légende Du Capu d'Ota

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Surplombant le village d'Ota, le rocher Capu d'Ota paraît menacer directement les habitations.
Les voyageurs, curieux, demandent souvent aux villageois s'ils se sentent en sécurité malgré cet impressionnant bloc de roche au-dessus de leur tête.
A cela, sereins, 'i paesani' répondent que depuis toujours, des moines se relaient pour retenir le rocher grâce à de très grosses chaînes. De cefait, ils sont totalement rassurés.
Bénédiction divine? Confiance en leur bonne étoile? ou plus simplement, malice des villageois s'amusent de leurs hôtes? Quoiqu'il en soit, le soir à Ota, on s'endort du sommeil des sages.

  Les mazzeri

mazzera

La mazzeru est considéré comme un sorcier capable de tuer durant la nuit. La légende des mazzeri est connue et respectée dans toute la Corse. Pendant son sommeil et dès lors que la population est elle aussi profondément endormie, le mazzeru part à la recherche d’une proie. Dans son rêve, la proie en question est un animal, mais cette dernière s’avérera en fait être un être humain. Un homme, une femme ou un enfant du village. Ce dernier est alors condamné dans les jours suivant la chasse noctambule du mazzeru; sauf si ce dernier lui offre sa vie.
La légende, ou plutôt devrions-nous dire la croyance, des mazzeri est profondément ancrée dans la culture corse. Si elle ne rythme pas autant le quotidien que d’autres croyances peuvent le faire, elle fait néanmoins partie intégrante de la culture mystique qui règne sur l’île.

 

Patience2

Pazienza

Una volta c'era... une fois il y avait un père et une mère qui avaient une fille. Ils travaillaient. Ils plantaient des oignons dans leur jardin.
Le fils du roi, qui passait par là, remarqua la jeune fille. Elle était si belle qu'il la voulut pour épouse. En effet, elle était très belle.
Il est donc  allé la demander en mariage et la jeune fille fut très contente......
Mais ses parents quand même honorés de cette demande lui disaient : regarde,  c'est trop pour toi... nous ne sommes pas sur le même pied!

Mais le fils du roi insista.
Je veux l'épouser, elle me plaît et je la prends si elle ne s'y oppose pas.

Le mariage fut donc célébré.
Après un an de mariage, ils ont eu une fille et le roi lui dit :
Mi!, maintenant embrasse-là et puis après je vais la donner en nourrice et tu ne la verra plus durant un certain temps. T
Elle a embrassé sa fille une dernière fois et puis le roi l'a donnée à une nourrice.
Un an ou deux après un garçon est né et ce fut la même chose.
Il lui demanda de l'embrasser une dernière fois et lui dit: toi tu ne peux pas l'élever.!
Elle se contentait de  l'embrasser, le cœur gros de ne pas pouvoir garder ses enfants, et ne disait toujours rien. Elle faisait tout ce que disait son mari.

Un jour après tant d'années de séparation, le roi lui dit: cela fait maintenant 17 ans et aujourd'hui, je connais une fille très belle et je voudrai l'épouser.
Tu peux donc t'en aller, tu es vieille maintenant, va-t'en et rentre chez toi!
Et bien! si vous l'avez trouvée plus jeune et plus belle, je m'en irai.

Elle est partie, le cœur gros. Arrivée chez elle, elle dit à sa mère
— Maintenant mà, j'arrive pour toujours.
— Comment, tu ne vas plus t'en aller?
— Non! Mon mari a trouvé une jeune fille beaucoup plus jeune que moi. Qu'est-ce que tu veux! c'est juste! Maintenant moi, je suis vieille.
— Je te l'avais bien dit de ne pas te marier avec le fils du roi!
— Et alors, mà, mi, dix-sept ans je les ai passés. J'ai été bien et tout. Maintenant, s'il veut se marier...

Un jour on annonçait qu'ils allaient se marier. il  envoya chercher sa première femme pour que ce soit elle qui prépare un festin et je veux que tu sois à la cuisine pour t'occuper du repas.
Ce fut un affront pour elle...!
Mais elle était obéissante, et l'a quand même fait.

Quand elle était dans la cuisine en train de travailler, les autres s'étaient installés à table et faisaient la fête..
Un serviteur est venu lui dire
— Le roi vous demande, il veut vous parler.
— Je vais aller avec ce tablier, devant lui, comme çà! je suis toute sale!
— Il a dit qu'il veut que vous veniez comme vous êtes.

Vous m'avez fait appeler, que me voulez-vous?
— Tu vois je voulais te présenter ma femme.
— Ah! elle est belle, c'est vrai, plus belle vous ne pouviez pas la trouver! on dirait une fleur! je suis contente qu'elle vous plaise!
Eh bien! toi, viens ici.
Celle-là, c'est ta fille et celui-là c'est son frère, ton fils.
J'ai voulu voir jusqu'où arrive ta patience!
Je t'ai enlevé tes enfants et tu n'as rien dit!
je t'ai renvoyée chez toi et tu n'as rien dit!
je t'ai mise à la cuisine pour faire la servante et tu n'as rien dit!
Plus que cela, on ne peut pas faire! Une patience si grande, personne n'aurait pu l'avoir!
Alors, maintenant, nous allons vivre ensemble, ta place est ici avec ton mari et tes enfants.
Et moi je n'ai jamais eu d'autre femme que toi.
Ils ont fait venir même son père et sa mère et ils ont vécu heureux tous ensemble.

 

Moulin

La légende des 7 moulins.

Pendant les guerres Corses, vivait près d’Ajaccio la famille OROTESI.
Voulant protéger sa fortune du pillage, l'enterra si bien qu'ils ne le retrouvèrent jamais.
Afin de subvenir au besoin de sa famille et élever son fils Théobald il se fit meunier.
Du haut de ses 20 ans Théobald était le plus beau garçon du pays. Ginébra, la fille du podestat de Montichi, en tomba amoureuse. Son père ne l'entendit pas de cette oreille; fi!!!
Épouser le fils d'un meunier !!! Il fit pourtant venir Théobald, lui promit sa fille s'il faisait fortune. Le jeune-homme quitta Ajaccio et s'en retourna au moulin. L'orage le prit en chemin.

Dans le sentier du maquis il vit un cavalier richement vêtu qui s'avançait vers lui. C'était un riche négociant vénitien. Il était Satan chassant les âmes. Pacte fut fait. Théobald vendit son âme contre la fortune qui lui permettrait d'épouser sa dulcinée. Six moulins  s'élevèrent  à côté du moulin paternel et Théobald amassa rapidement une grande fortune. La belle futée compris très vite que les 7 moulins n'étaient pas étranger a cette fortune et elle soutira a son mari le secret de cette soudaine fortune. Théobald avait obtenu de Satan six moulins répondant a tous ses souhaits. La cupide Ginésia demanda  au premier des tonnes de blé, au second un tas d'or, au troisième une fontaine de diamants, au quatrième un somptueux banquet au cinquième une troupe de musiciens. Pétrie de vénalité elle en oublia son amour pour Théobald.

Elle prit pour amant un de ses jeunes serviteurs. Un jour elle demanda à son époux de l’ accompagner au sixième moulin. Arrivée sur place Ginévra se pancha en avant et par mégarde fit tomber un médaillon contenant le portrait de son amant. Théobald reconnaissant  le serviteur, pris d'une folie désespérée empoigna la jeune-femme par le bras et la jeta sous la meule de pierre avant d'être lui-même happé par la trémie. Alors dans le maquis se fit un grand silence, soudain un hurlement d'horreur s'éléva glaçant le sang des villageois.

Les 7 moulins disparurent dans un incendie infernal. Les moulins disparurent mais en lieu et place une statut de la Vierge apparu. Elle se trouve à présent dans l'oratoire de Lorétu à Ajaccio.

Cette légende fait partie des contes et légendes de Corse